Vous êtes accroupi sous votre évier, à la lumière de votre téléphone posé en équilibre sur une boîte de lessive, et vous vous demandez pourquoi vous avez dit oui à ce projet. Un robinet à deux poignées, un joint qui goutte depuis février, et cette envie de passer au mitigeur — la petite manette unique qui règle température et débit d'une main, même quand l'autre est couverte de pâte à pizza.
La bonne nouvelle : c'est faisable en une soirée. La mauvaise : dans 8 cas sur 10, le blocage ne vient pas de la technique, il vient d'un outil manquant. On démonte tout, on redescend au garage chercher la clé qu'on n'a pas, on remonte, on redescend. Le chantier triple de durée pour une histoire de tournevis cruciforme trop court.
Alors plutôt que de vous expliquer comment tourner une clé, je vais vous lister ce qu'il faut poser sur un chiffon, à côté de l'évier, avant de couper l'eau. Et surtout la contrainte que personne ne mentionne jamais pour le passage d'un robinet simple à un mitigeur.
Points clés à retenir
- La liste d'outils réelle tient en 9 éléments, dont 3 qu'on oublie systématiquement : la lampe frontale, la bassine plate et le ruban PTFE.
- Un robinet simple occupe souvent 2 trous dans l'évier ; un mitigeur n'en utilise qu'un. C'est le principal point de blocage du chantier.
- Sans clé à pipe ou clé à lavabo, l'écrou sous l'évier dans 60 % des cas est inaccessible à la multiprise seule.
- Coupez l'eau au robinet d'arrêt sous l'évier, jamais au compteur général, sauf si l'arrêt est grippé.
- Prévoyez 1 h 30 à 2 h pour un premier remplacement, 40 minutes si vous l'avez déjà fait.
Les outils nécessaires pour changer un robinet simple en mitigeur
Je vais vous donner la liste que je sors maintenant systématiquement de ma caisse, après m'être fait avoir deux fois. La première fois, je suis parti avec « une clé à molette et un tournevis » parce qu'un forum le disait. J'ai fini la soirée à 23 h, la tête sous l'évier, avec trois allers-retours au garage.
Les outils de démontage et de serrage
- Une clé à molette de 200 mm minimum. En dessous, les mâchoires sont trop courtes pour les gros écrous de fixation.
- Une clé plate de 10 et de 13. Beaucoup de flexibles se serrent là-dessus, et une clé plate passe là où la molette ne rentre pas.
- Une pince multiprise. Pas pour serrer — pour bloquer le corps du robinet qui tourne quand vous vissez la fixation par en dessous. C'est un point que j'ai découvert à mes dépens.
- Une clé Allen de 2,5 ou 3 mm. Sur la plupart des mitigeurs récents, la manette tient par une vis sans tête cachée derrière un petit cabochon. Sans cette clé, vous ne démontez même pas la poignée.
- Une clé à pipe ou une clé à lavabo (cette clé en forme de croissant qu'on trouve en quincaillerie pour quelques euros). Indispensable si l'écrou de fixation est placé entre les flexibles, dans un espace où aucune autre clé ne pivote.
Les outils d'appoint qu'on croit inutiles
Bon, franchement, ces trois-là, je les ai longtemps considérés comme du confort. Ils ne le sont pas.
- Une lampe frontale. Le téléphone tient mal en équilibre et éclaire pile là où vous n'avez pas besoin. Vous avez besoin de vos deux mains.
- Une bassine basse et un chiffon. Il restera toujours un demi-verre d'eau dans les flexibles, et il tombera sur votre nuque. Toujours.
- Un tube de ruban PTFE (le ruban téflon blanc, ou filasse si vous préférez). Les raccords de flexibles ne sont pas étanches au métal contre métal.
Ajoutez un tournevis cruciforme de taille moyenne pour les colliers et les caches vis éventuels, et vous êtes complet. Neuf éléments, pas un de plus.
Ce qui ne sert à rien d'acheter
Les kits « plomberie complète » à 40 € avec 25 embouts. Vous en utiliserez trois. J'en ai un, il est resté fermé pendant deux ans, la mousse a moisi.
| Outil | Indispensable ? | Coût indicatif |
|---|---|---|
| Clé à molette 200 mm | Oui | 12 à 18 € |
| Clé plate 10 et 13 | Oui, souvent | 6 à 10 € la paire |
| Pince multiprise | Oui | 10 à 15 € |
| Clé Allen 2,5 / 3 mm | Souvent indispensable | 3 à 5 € |
| Clé à lavabo | Selon la configuration | 8 à 15 € |
| Lampe frontale | Oui, vraiment | 10 à 20 € |
| Ruban PTFE | Oui | 1 à 2 € |
| Kit plomberie 25 embouts | Non | — |
Total réaliste si vous partez de zéro : entre 50 et 80 €. Vous les rentabilisez dès le premier remplacement, puisque faire venir un plombier pour ce type d'intervention coûte couramment le double, souvent le triple, main-d'œuvre incluse.
La vraie difficulté : un robinet simple n'occupe pas le même nombre de trous
Voilà le point que je n'avais vu nulle part avant de me lancer. Un robinet à deux poignées est un robinet à deux corps séparés — un pour l'eau chaude, un pour l'eau froide. Sur un évier en inox ou en céramique, ça veut souvent dire deux perçages, espacés d'un entraxe standard (généralement 100 mm, mais j'ai vu du 120 et du 150 sur du vieux matériel).
Un mitigeur, lui, n'a qu'un seul corps. Donc un seul trou.
Ce qui signifie concrètement trois scénarios possibles, et vous ne savez lequel est le vôtre qu'après avoir démonté l'ancien.
Scénario 1 : l'évier a un troisième trou bouché
C'est le cas le plus confortable. Beaucoup d'éviers sont livrés avec un ou deux trous supplémentaires obturés par un bouchon chromé, prévus à l'origine pour une douchette ou un distributeur de savon. Vous retirez le bouchon, vous passez le mitigeur dedans, et l'un des deux anciens trous reste visible. Il existe des pastilles de finition pour ça, à quelques euros en quincaillerie. Esthétiquement, ce n'est pas parfait, mais c'est propre et l'étanchéité est assurée.
Scénario 2 : les deux trous sont écartés et pleins
Là, ça se corse. Vous ne pouvez pas monter un mitigeur sur deux trous distants de 100 mm : il n'existe pas de version conçue pour ça dans le grand public, sauf modèles spécifiques vendus avec un cache de finition en plaque. Sinon, deux options : remplacer l'évier, ou percer un troisième trou.
Percer de l'inox, ça se fait avec une scie cloche et un foret à métaux, mais j'ai vu des éviers en céramique fendre à cette étape. Si votre évier est en céramique et qu'il n'a pas de trou disponible, honnêtement, je remplace l'évier. Le risque de casse coûte plus cher que l'évier entier.
Scénario 3 : un seul trou à l'origine
Le plus simple. Votre robinet actuel est peut-être un mono-corps avec deux manettes montées dessus, ou un modèle ancien à une seule commande. Dans ce cas, le mitigeur se substitue directement, aux dimensions près. Vérifiez juste le diamètre du perçage : la plupart des mitigeurs demandent un trou de 32 à 35 mm. Un trou plus petit impose de l'agrandir à la lime ronde ou à la scie cloche.
Démonter l'ancien robinet : ce qui coince vraiment
Un écrou, une clé, on tourne dans le sens inverse des aiguilles. Sur le papier, c'est ça. Dans la réalité, trois choses s'y opposent.
Comment démonter un robinet de cuisine sans vis
Si vous ne voyez aucune vis sur le dessus, c'est normal : la fixation se fait par en dessous, sur le corps du robinet. Il n'y a rien à chercher au-dessus. Vous devez passer sous l'évier, repérer l'écrou ou la bague qui plaque le robinet contre la faïence, et le desserrer. Sur certains modèles, c'est un écrou cranté qu'on serre à la main — donc qu'on desserre à la main. Sur d'autres, c'est un écrou hexagonal classique.
Le vrai piège : quand vous tournez l'écrou, tout le robinet tourne avec lui. D'où la pince multiprise. Vous bloquez le corps au-dessus, vous tournez la clé en dessous.
Démonter la tête d'un mitigeur pour l'entretien
Vous n'êtes pas obligé de tout retirer pour changer une cartouche. La manette tient par une vis sans tête, cachée derrière un petit cabochon rouge ou bleu sur le dessus ou à l'arrière de la poignée. On fait sauter le cabochon avec un tournevis fin, on dégage la vis Allen, on tire la manette vers le haut. La cartouche céramique est dessous, maintenue par un écrou cranté qu'on dévisse avec la clé à lavabo. Là, la lampe frontale n'est plus un confort, c'est la condition de réussite.
Le robinet d'arrêt grippé
Vous êtes à un mètre de l'évier, prêt à tourner la petite manette sous l'évier. Et elle ne bouge pas. Ou pire, elle tourne dans le vide et l'eau continue de couler.
Ça m'est arrivé, et j'ai perdu une heure à chercher le compteur général dans la cave d'un immeuble où je venais d'emménager. Depuis, la première chose que je fais sur un logement, c'est tester les arrêts d'évier, avant d'avoir un robinet démonté et de l'eau partout.
Si l'arrêt est grippé, ne forcez pas comme un sourd : vous cassez la tête et vous n'avez plus aucune coupure locale. Allez au compteur général, et remplacez le robinet d'arrêt dans la foulée. C'est 15 € de pièce et 10 minutes de plus.
Et si je n'ai pas de robinet d'arrêt du tout ?
Certains logements anciens n'en ont pas sous l'évier, ou ils sont inaccessibles derrière un meuble. Dans ce cas, vous coupez au compteur général, vous vidangez en ouvrant tous les robinets de la maison, et vous prévoyez d'installer deux arrêts sous l'évier dans la même session. C'est le bon moment, vous avez déjà les outils en main.
Avant de remonter : les vérifications qui font gagner du temps
Comparez l'ancien et le nouveau côte à côte. Ça prend deux minutes, ça évite deux allers-retours en quincaillerie.
- La longueur des flexibles. Ils doivent atteindre vos arrivées d'eau sans être tendus. Trop courts, vous ne pouvez pas raccorder. Trop longs, ils se plient et finissent par fuir.
- Le type de raccord. La plupart des mitigeurs modernes arrivent en flexible 3/8 avec écrou prisonnier. Si vos arrivées d'eau se terminent en cuivre soudé, il vous faut un raccord adaptateur.
- L'entraxe des arrivées. Sur un ancien robinet à deux corps, chaude et froide sont écartées. Un mitigeur a ses deux flexibles côte à côte. C'est rarement bloquant — les flexibles sont souples, ils se recourbent — mais sur du cuivre rigide, ça l'est.
Sur le prix, pour situer : un mitigeur d'entrée de gamme se trouve autour de 25 à 40 €, un modèle correct avec cartouche céramique de marque se situe plutôt entre 70 et 130 €. Au-delà, vous payez le design et la finition. Si vous comptez revendre, ça se défend. Si vous restez dix ans, une cartouche céramique de bonne qualité tient sans problème une décennie sans entretien.
Le joint, ce détail qu'on néglige
La plupart des mitigeurs sont livrés avec un joint plat ou un joint torique. Posez-le, ne le réutilisez pas de l'ancien robinet. Un joint écrasé une fois ne reprend pas sa forme, et c'est la fuite garantie à la première mise en eau.
Ce que ce chantier vous apprend sur votre cuisine
Le plus dur dans cette histoire n'est jamais la clé à molette. C'est de savoir ce qu'il y a sous l'évier avant de commencer. La configuration des trous, la présence d'une arrivée en cuivre ou en per, l'état des arrêts d'eau : trois inconnues qui décident si votre soirée dure 45 minutes ou se termine par un appel à un plombier le lendemain matin.
Alors la prochaine fois que vous verrez un mitigeur en promotion, ne regardez pas les photos du produit. Passez la tête sous votre évier, lampe frontale allumée, et comptez les trous, les flexibles et l'écart entre les deux arrivées. C'est cette inspection de trois minutes qui vous dira si le chantier est un dimanche après-midi tranquille ou une semaine de galère.
Et si vous découvrez un troisième trou bouché derrière le corps de votre vieux robinet, vous pouvez sourire : le plus dur est déjà fait.